25 mars 2016

Profession : Tonnelier… au Québec !

Dans le décor enneigé plutôt bucolique des Cantons de l’est, devant la porte de son atelier, on entend la scie circulaire de Pascal Plamondon. Poussez la porte et vous êtes aussitôt assailli par cette odeur de sciure de bois, un mélange d’essence de pin, de chêne et de noyer. Pas de doute, ce gaillard à la jeune quarantaine est un amoureux de ce matériau noble. Il est en train de couper des douelles, ces fameuses lattes qui serviront à confectionner des tonneaux.

En tant que jeune ébéniste, alors qu’il se cherchait une spécialisation dans le métier du bois, Pascal Plamondon s’est d’abord intéressé au vin en plantant 250 vignes de frontenac et de marquette. Après 3 ans de dur labeur et d’apprentissage, sa première vendange lui rapportera quelque maigres 50 litres de vin. Comme on dit dans le jargon, « don’t quit your day job », il a donc poursuivi en parallèle une formation en tonnellerie.

« Je me suis rendu compte que c’était beaucoup de travail. Entre 10 et 12 heures par semaine juste pour la taille, le sarclage, l’entretien, les arrosages pour réussir à avoir 50 litres de vin. Mais j’ai appris beaucoup sur la viticulture. » Le vin donc, n’était donc pas buvable, même s’il en a gardé un peu dans son cellier qu’il regoûte de temps à autres. Et il goûte vraiment le chêne…Un Château « Deux par quatre », peut-être ?

Une vocation ?
Après s’être lancé à corps perdu dans le fabrication de tonneaux, il n’était pas tout à fait sûr d’avoir choisi la bonne voie. Mais, après avoir fait son vin et enfûté sa propre bière, le doute s’est bien vite dissipé. Cinq ans plus tard, Pascal Plamondon est devenu tonnelier. « J’ai complètement délaissé l’ébénisterie pendant plusieurs années juste pour faire du tonneau, autant décoratif pour les marchés d’alimentation que le tonneau étanche pour ceux qui font du vin ou de la bière maison. » Sa plus grosse commande à vie en termes de tonneaux ? 7000 fûts décoratifs pour IGA ! Si vous voyez des tonneaux qui servent à exposer des fruits et légumes ou autres produits d’alimentation, il y a de fortes chances pour que ce soit un « Plamondon ».

Une matière première menacée

À 75 pour cent, le bois qu’il utilise, c’est du chêne blanc américain qui pousse au Québec, le Quercus alba. Vu son faible volume de production (une centaine par année), il peut s’approvisionner au Québec.
Mais il vise une utilisation responsable de la ressource. « Si le marché grossit au Québec et que la demande du chêne du Québec augmente, on va avoir un sérieux problème parce qu’il n’y en a plus de chêne au Québec. Ça n’a pas été replanté. Il va falloir se tourner vers le chêne de l’Ontario et du nord des États-Unis pour avoir la même ressemblance au niveau de la densité du bois qui pousse au Québec. »

3 jours par barrique

Fabriquer un tonneau n’est pas une sinécure. En fait, après avoir débité le chêne en lattes (les douelles), il faut préparer les angles et le cerclage. « Il faut ramollir le bois et pour ça, il faut faire un feu à l’intérieur du tonneau afin que la chaleur attendrisse la fibre du chêne. Quand la fibre est assez chaude, on peut fermer le tonneau au complet.On cintre d’un coup 25 douelles qui font jusque 2 pouces d’épaisseur d’un coup, c’est impressionnant, et pour ça, il faut donc que le bois soit assez tendre pour qu’il ne casse pas. »

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