25 mars 2016

Bordeaux: Future capitale de l,’oenotourisme

Une cité des civilisations du vin

Si le maire de Bordeaux affiche un bel enthousiasme, c’est que les espoirs placés dans la Cité du vin sont à la mesure de l’édifice : colossaux. Dirigé par une Fondation pour la culture et les civilisations du vin, le lieu s’est donné une mission ambitieuse : « Exposer toutes les dimensions de la culture millénaire du vin, dans ses mythes, ses expressions artistiques, ses rites, sa géographie, son histoire, ses personnages, ses techniques, cela tout autour du monde », résume Laurence Chesneau-Dupin, directrice culturelle de la fondation qui a œuvré à la création du Musée des arts de Cognac. Sa construction a coûté cher : 83 millions d’euros, principalement apportés par la ville de Bordeaux (38 %), mais aussi par l’Union Européenne (15 %), Bordeaux Métropole (10 %), le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (7 %) et plusieurs mécènes (surtout les grands viticulteurs, 20 %). Et beaucoup, dans la région, s’interrogent encore, comme en témoignaient les rudes discussions de la filière vini-viticole, réunie le 11 février au matin sur une péniche bordelaise : la Cité va-t-elle rentrer dans ses frais, attirer un large public, et le faire rayonner dans toute l’Aquitaine ? 

Tourisme oenologique

Pourtant, malgré ses réticences, la filière vino-viticole d’Aquitaine dans son ensemble a fini par soutenir le projet et participer à son financement. Une étude prospective du cabinet Protourisme a contribué à les convaincre : une cité de tous les vins du monde, et non des seuls bordeaux, devrait attirer 450 000 visiteurs par an. La détermination d’Alain Juppé a aussi joué.Le 28 novembre dernier, après un dépassement de budget de 18 millions d’euros, il a assuré que la dépense allait être rattrapée par les futures « retombées économiques de plusieurs millions d’euros » de la Cité, « essentiellement sur la part touristique ».

Le maire de Bordeaux ne cache toutefois pas qu’il va falloir multiplier les initiatives pour gagner ce pari : « Le tourisme à Bordeaux est passé de 2 millions de visiteurs en 2000 à 6 millions en 2015. Avec la Cité du vin, nous voulons attirer plus de monde encore et en faire profiter toute la région. Mais pour réussir, nous avons de grands progrès à faire pour développer l’œnotourisme dans les vignobles. » Pour ce faire, la Cité sera bientôt équipée d’un vaste ponton, qui deviendra le point de départ vers les vignobles et les châteaux en empruntant la Garonne. Ce nouveau tourisme fluvial a rassuré les viticulteurs.

Le vin est universel

Si l’idée d’un édifice de prestige a fini par convaincre, c’est aussi parce qu’il peut rivaliser avec le Museo Vivanco de la Cultura del Vino de Briones, dans la Rioja espagnole : un lieu très visité, mais isolé dans la campagne. Située en pleine ville, dans un quartier animé, ouvrage d’art original visible depuis les quais, la Cité du vin a l’ambition de faire mieux, et de propulser Bordeaux au rang de capitale internationale attirant les amateurs de vin du monde entier – d’ailleurs, c’est François Hollande lui-même qui doit l’inaugurer. L’historien Robert Coustet, spécialiste de l’art du Bordelais, qui a rejoint à titre bénévole le comité scientifique de la fondation, se félicite de ce choix :

« C’est très bien d’avoir dépassé l’aspect régional. Le vin est universel. On cultive la vigne depuis 5500 ans, sur les cinq continents. Cela a partout façonné les paysages, mais aussi l’architecture. Voyez les maisons de maître et les châteaux du Bordelais. Toute cette longue histoire pourra être montrée dans la Cité. »

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